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Copwatch Nord IdF – le site qui fait trembler le ministère de l'intérieur

Claude Guéant, actuellement ministre de l'intérieur français, est connu pour ces propos au mieux contradictoires, au pire à connotation fasciste. Son mépris pour la liberté d'expression et de la presse n'a d'égal que sa haine pour les populations issues de l'immigration. Est-il alors étonnant de le voir fermer l'oeil sur les abus graves de certains agents de la police nationale et accuser un groupe d'activistes (qui se bat pour l'information du public sur ces excès du bras du gouvernement) de diffamation? Non. Ce qui est étonnant c'est que, au moment-même où monsieur Guéant se trouve mouillé dans l'affaire Takieddine, il n'hésite pas à attirer davantage l'attention sur lui en créant une nouvelle polémique qui non-seulement le dessert (même si le Tribunal de Grande Instance de Paris a décidé du blocage de tout le site Copwatch Nord IdF, appliquée 15 jours aprés) mais, en plus, et il fallait s'y attendre, l'action du ministre de l'intérieur a eu un effet pervers: elle a soudainement donné une formidable visibilité au site Copwatch Nord IdF et à sa cause (que partagent d'autre sites Copwatch à travers le monde) et a rallié de nombreux supporters à sa cause notamment à travers l'apparition de dizaines de sites miroirs, qui reprendront le flambeau au cas où Copwatch Nord IdF venait à être quand-même censuré. Bref, on ne peut que remercier monsieur Guéant pour sa réaction peu réfléchie et son manque de clairvoyance.

A Liberté-info nous pensons que, autant les agents de police (et les forces de l'ordre en général) méritent d'être respectés, ne serait-ce qu'en raison de la difficulté de leur travail, autant ceux d'entre-eux qui dépassent leurs prérogatives doivent être identifiés et faire l'object d'une action immédiate en justice d'abord par leur propre hiérarchie, à commencer par le ministère de l'intérieur qui devrait clairement condamner ce genre d'abus qui devient vite routine. Il va sans dire que, en fermant l'oeil sur l'excès de zèle et les crimes de certains agents de la police, monsieur Guéant ouvre grand les portes de la France à l'autoritarisme.

Nous ne pouvons donc que vous encourager à visiter le site de Copwatch Nord IdF via ses nombreux miroirs et à toujours rester vigilants et avoir le réflexe de prendre des photos ou des vidéos des abus dont vous serez les témoins. Nous vous tiendrons régulièrement au courant de l'évolution de cette affaire, aussi bien sur ce site que sur Twitter.

   

– interview par Mehdi le 20-10-2011

1) Tout d’abord, pouvez-vous nous dire comment s’est faite la génèse de votre projet, et comment il s’articule avec des initiatives similaires dans d’autres villes/pays? Quelles sont vos inspirations/modèles?

Nous travaillons depuis plusieurs années à la surveillance policière dans différentes villes de la région. Historiquement pour ainsi dire, c'est dans la ville de Calais qu'a commencé le copwatching avec le travail de Zetkin, une militante aujourd'hui malheureusement décédée. Son travail nous a inspirés et incités à reproduire le même genre d'action à Calais, mais aussi de le mettre en place sur Lille puis Paris, et de le développer sous une autre forme qui puisse être un outil de répérage et d'identification pour tout le monde: les bases de données.
Bien entendu nous avons aussi longuement regardé ce qu'était le copwatching aux USA, ses effets, son fonctionnement... même si nous n'avons pour le moment pas de liens directs avec les militant(e)s de ces groupes.

2) Votre méthode consiste-t-elle seulement à exposer les agents de police ayant des pratiques répréhensibles?

Il ne s'agit pas seulement de comportements répréhensibles. Nous soulignons les comportements qui permettent aux lecteurs et lectrices du site d'avoir en tête les réactions potentielles des agents face à eux, que cela soit sur un simple contrôle, ou lors de manifestations. Par ailleurs, ces observations s'appuient sur des constats répétés vis à vis d'un(e) même agent.

3) Une des critiques contre votre démarche est qu’elle expose des individus, avec nom, prénom, compte Twitter… etc, qui non-seulement peuvent relever de la vie privée, mais risquent aussi d’éloigner le public des problématiques plus générales, qui ont pour origine des politiques et pratiques initiées dans les hautes sphères… comment gérez-vous cet équilibre difficile?

Les éléments de la « vie privée » que nous exposons sont livrés volontairement par les agents via Facebook, Twitter et compagnie, ou suite à des gardes à vue. Une des bases pour qu'ils ou elles se prémunissent serait qu'ils ne dévoilent pas toute leur « vie privée » sur internet à n'importe qui. D'autre part, pour les noms et prénoms, nous considérons que de par leur choix professionnel et le statut qu'il leur confère, les membres des forces de l'ordre ont fait le choix d'être des personnes publiques. Nous pourrions les désigner par leur numéro de matricule, mais curieusement poser cette question à un(e) agent vaut généralement un contrôle agressif, voire une garde à vue dans certains cas.
Nous conservons bien à l'esprit que les comportements policiers sont totalement à relier avec les politiques gouvernementales et l'idéologie sécuritaire qui sévit toujours davantage depuis bientôt 30 ans. Nous envisageons de réaliser quelques articles prochainement à ce propos ; la réalité des restrictions de liberté aujourd'hui étant bien souvent inconnue.

4) Pouvez-vous nous citez les exemples les plus remarquables d’abus que vous avez exposés?

C'est à vrai dire relativement difficile de souligner « les plus remarquables », tant par le nombre d'abus que nous exposons, ou avons vu, que par l'impossibilité de les hiérarchiser. Pour ne citer que cela: les chroniques réalisées à Barbès ou Belleville en font partie à nos yeux, tout comme le rapport établi à Calais par les activistes présents sur place (rubrique Bavures).

5) Le ministre de l’intérieur français, Claude Guéant, reconnu pour ses pratiques autoritaires et ses annonces contradictoires (sans mentionner sa possible implication dans l’affaire Karachi), vous a récemment attaqués en demandant à ce que des pages de votre site soient bloquées (par les FAI) en raison de leur nature possiblement diffamatoire et injurieuse. Bien entendu le premier effet de cette attaque a probablement été de vous donner une publicité que vous n’auriez pas pu vous payer par ailleurs ;-) ... mais globalement comment avez-vous pris cet acte?

Ca tombe bien, on voulait pas non plus se la payer! Comme nous avons pu le dire précédemment à certains médias, ou dans nos communiqués, une telle réaction ne nous a pas étonnés. Nous recopions d'ailleurs ici un des paragraphes d'un article que nous avons précédement publié:

« La police s'est senti victimisée ; et l'état tremblotant a suivi comme toujours la droite lignée donnée par ses fervents représentants sur le terrain et leurs syndicats. Cela a toujours été le cas historiquement, tant en terme de mesures sécuritaires contre une frange de la population ou lors de critiques ouvertes à l'encontre des forces de l'ordre. Cela ne nous étonne pas.»

Outre quelques petits moments de stress (on sait que l'on est pas infaillible, notre registrant de nom de domaine étant la principale erreur que nous faite, et non la moindre), on a aussi bien rigolé en voyant la mascarade que montent Guéant et le gouvernement, et tout ce qui est raconté aux journalistes. Nous serions inssaisissables, inidentifiables, ainsi que notre hébergeur et registrant DNS. Tout cela est faux, nous le voyons comme une stratégie pour se justifier de ne rien faire directement à notre encontre. Ou peut être aussi pour ne pas que d'autres choses soient pas dévoilées de manière trop visible, vu le buzz médiatique que cela a provoqué.

6) Avez-vous pu obtenir une aide juridique?

Oui.

7) Pour contourner une mesure de blocage éventuel (en l’efficacité de laquelle seuls des non-initiés croient, tout blocage pouvant être contourné, notamment par l’utilisation du réseau Tor), vous avez pris la décision de créer des miroirs de votre site. Où en est cette initiative?

Les miroirs se sont multipliés très rapidement exprimant une large solidarité face à la censure (pas toujours pour le contenu même de notre site). Internet est un outil génial pour cela.

8) Si des pages de votre site sont effectivement bloquées, quel conseil donnez-vous à vos visiteurs pour qu’ils restent informés?

Les listes de miroirs indiquent généralement l'état des mises à jour. En les consultant régulièrement, ainsi que les miroirs à jour, nos visiteurs et visiteuses pourront continuer à suivre le site en temps quasi réel. Autrement, nous ne saurions trop conseiller le logiciel et réseau Tor.

9) Dans nombre de cas (si ce n’est tous) dans lesquels des citoyens exposent les abus des gouvernements, institutions ou grandes entreprises, la tendance des politiques, médias et même parfois de la justice est de se focaliser non pas sur l’objet exposé, mais sur le messager, qui devient l’objet de campagnes allant du harcèlement jusqu’à des poursuites pour diffamation (ce dont vous accuse d’ailleurs le ministre de l’intérieur). Le droit à la vie privé s’en trouve ainsi détourné pour servir les puissants qui normalement devraient se soumettre à plus de transparence pour contre-balancer cette puissance dont ils bénéficient et qu'ils pourraient abuser au détriment des citoyens sans défense. Etes-vous d’accord avec cette analyse, et quelle est votre expérience à cet égard?

Nous sommes assez d'accord avec votre analyse, c'est exactement ce qui s'est passé dans le cas de notre site. Le discours de C. Guéant était de nous criminaliser: il n'a jamais remi en cause les comportements policiers. Dans certains cas (un reportage en lien avec le site au commissariat de Lille), des dérives ont été reconnues par des supérieurs du commissariat.
Plus globalement, on retrouve toujours cette stratégie qui permet de ne pas traîter du fond des choses, mais seulement de la forme en visant à décrédibiliser les « messagers(ères) ». L'affaire DSK s'est appuyée là dessus aussi, les discours et querelles politiques françaises actuelles fonctionnent comme cela aussi. Une dynamique de spectacle faite pour endormir et masquer la réalité de ce qui se passe. Le pire étant que cela fonctionne.

10) Cherchez-vous des bénévoles ? Avec quel profil/expérience?

Heu...on ne demande pas de CV... Nous sommes ouvert(e)s aux conseils et coups de main d'un point de vue technique de présence sur le terrain. Bien entendu nous préférons que des individus ou groupes d'individus agissent de manière autonome et montent leur propre site (dans le cas d'autres villes plus éloignées), ou nous communiquent leurs informations pour qu'on puisse les mettre à disposition sur le site.

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