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Après Cablegate, Botzarisgate?  

Editorial du 30 Juin 2011

Par Mehdi


Dans la cacophonie médiatique règnante, il est difficile de faire la part des choses, et notamment d’établir les liens de causalité entre les évènements, nombreux, de l’actualité. Ceci joue bien sûr dans l’intérêt des manipulateurs médiatiques, car du coup, pour peu qu’ils aient une audience significative, deviennent indispensable au citoyen X pour « digérer » l’actualité.

Ainsi des faux-liens sont établis, et les vrais, lorsqu’ils ne sont pas déformés, ne sont simplement pas mentionnés : pas vu à la télé = pas existé. Une chose qui n’est pas citée dans un média à grande écoute ne peut, dans le paradigme de notre époque, forcément pas exister.

Il y a quelques jours, Viviane Reding, la Commissaire européenne en charge de la Justice, de la Citoyenneté et des Droits Fondamentaux a annoncé qu’elle préparait de nouvelles lois obligeant les entreprises à informer rapidement leurs clients des brèches de sécurité sur leurs systèmes informatiques exposant les données privées des utilisateurs. Une tel piratage des données va plus loin que la seule exploitation des données en question : si, comme dans le cas de Sony, l’entreprise piratée stocke les mots-de-passe des utilisateurs sous la forme de simple texte (non chiffré), ceci peut compromettre leurs données sur d’autres sites, car les gens, pour se simplifier la vie, choisissent généralement le même mot de passe pour plusieurs comptes (sinon tous) : les diverses adresses de messagerie, le compte Facebook, le compte Twitter, LinkedIn...

Mais pourquoi une loi, et pourquoi maintenant ?

Si vous vous souvenez, le site PSN de Sony avait été piraté une première fois le 20 avril 2011 ; cependant ce n’est qu’une semaine plus tard que Sony a informé que les données de ses utilisateurs (dont leurs numéros de carte bancaire) avaient fuité : une semaine était évidemment largement suffisante pour que des hackers malintentionnés envers les utilisateurs fassent des dégats contre ses derniers.

Heureusement ce n’était pas l’objectif des hackers en question : LulzSec ne voulait rien d’autre que de porter atteinte à la réputation de Sony (qui a injustement persécuté un hacker, GeoHot) en montrant son incompétence et sa négligence dans le traitement des données personnelles de ses propres clients. D’ailleurs, des clients américains de Sony ont porté pleinte contre lui pour cette même négligence.

Donc cette loi est passée grâce à… eh oui, les « méchants » LulzSec. Merci qui ?

Merci LulzSec

Leur intervention a en effet, en à peine quelques semaines, donné un énorme coup de pouce à la législation protégeant les droits des consommateurs. Ceci montre, pour ceux qui en doutent encore, l’effet de levier extraordinaire que permettent Internet et les technologies de l'information en général (d'où la bataille actuelle entre les gouvernements et la société civile pour conquérir ce territoire relativement nouveau). Il aurait fallu combien de manifestants dans la rue pour obtenir le même résultat ? Evidemment, il faut aussi conserver la rue comme terrain de protestation...

L’« effet LulzSec » n’est pas terminé : un FAI australien qui avait eu la mauvaise idée de planifier la mise en place une censure volontariste de l’Internet de ses clients (on se demande vraiment pour faire plaisir à qui, et même, si ça ne serait pas une pathologie non-encore répertoriée). Dans des temps meilleurs cela aurait voulu dire le suicide commercial immédiat de l’entreprise en question, mais de nos jours, les consommateurs, malgré la pléthore de choix, et la concurrence, ne sont point exigeants.

Maintenant, ce même FAI, Telstra, est revenu sur son idée, et n’a pas eu de mal à avouer que c’était par crainte de représailles de la part de hackers féroces, comme l’Internet d’aujourd’hui peut abriter.

Le droit de protester

Je pensais écrire un paragraphe complet sur le sujet du droit de protester sur Internet, mais vu la longueur de ce qu’il y a ci-dessus je vais me faire engueuler par Linda, notre webmistress, qui veille à ce que les pages web ne soient pas trop longues, sinon il faut « scroll-down », et ça c’est un « nightmare »…

Je dirai juste ceci : on a tous en tête qu’en démocratie nous avons de droit de nous rassembler et de protester lorsque nous pensons que le gouvernement, ou qu’une entreprise ou organisation, va à l’encontre de l’intérêt des citoyens, ou des valeurs de la République, et qu’aucune action sérieuse (enquête, pleinte) n’a été menée par les autorités compétentes pour remédier au problème. Nous pouvons alors aller bloquer l’entrée d’un ministère, du siège d’une entreprise, d’un port… Les citoyens accaparent la rue pour protester, et pour montrer que la rue, tout comme le pays, leur appartiennent, à eux, le Peuple.

Mais alors, pourquoi ne pas avoir le droit de protester aussi sur Internet, le territoire (par opposition à Internet l'outil ; malheureusement beauoup de personnes ne font pas encore la distinction entre les deux)? Hein? Lui aussi appartient au Peuple, et doit rester libre de toutes tentatives d'accaparement par des intérêts politiques ou privés, que ça soit de manière ouverte ou sous le couvert de la "civilisation", de la "responsabilité"  ou de l"optimalité" (certains ne reculent pas devant le ridicule pour vendre leurs idées dangereuses - je parle bien sur de MM).
Ça suffit pour aujourd’hui sur ce sujet, passons à autre chose. La suite bientôt !

Le détournement de l’Europe

Tiens, ce sujet concerne aussi Viviane Reding, mais il la met moins en valeur que le précédent.
Vous souvenez-vous pourquoi Julian Assange est sous résidentce surveillée depuis plus de 200 jours? Oui, c’est parce qu’un tribunal britannique a jugé acceptable la demande de son extradition de la Suède, et qu’Assange a fait appel. Mais ça n’est pas tout. Non, la Suède ne le veut pas parce qu’il a violé deux femmes : la justice suédoise veut Assange simplement pour… l’écouter dans le cadre de deux pleintes non pas pour viol, mais pour « unlawful sexual act », soit acte sexuel illégal (voir ici pour en savoir plus sur le contexte spécial et inquiétant de la Suède). C’est évidemment très différent d’un viol. Par ailleurs, suite à une pleinte initiale des deux femmes, la justice suédoise avait conclu qu’il n’y avait pas d’éléments suffisants pour donner une suite, et a donc fermé le dossier. Mais bizarrement, quelques semaines plus tard, un autre procureur a réouvert le dossier (alors qu’aucun élément nouveau n’avait été apporté à l’affaire, ce qui est suspiscieux), et a décidé de lui donner suite.

Assange étant en Angleterre à ce moment-là, la Suède a fait appel à un instrument européen puissant mais réservé à des cas extrêmes, i.e. le mandat d’arrêt européen, pour extrader Assange. Et lorsqu'il a fait appel de la décision d'extradition, la Justice britannique avait décidé de le libérer sous caution, mais en l’assignant à résidence surveillée, et avec un bracelet électronique autour de la cheville. Et l’obligation de se présenter au commissariat le plus proche tous les jours à la même heure. Depuis dure plus de 200 jours. Si toute cette mise en scène n'a pas de motivation précise, qui est l'humiliation et la tentative d'usure psychologique d'Assange, ça y ressemble beaucoup.

Au-delà de ces anomalies du coté suédois (la réouverture du dossier, et la décision de tenir l'éventuel procès sous huit-clos) et coté anglais (assignation à résidence surveillée alors qu’Assange est voulu par la Suède simplement pour être écouté dans le cadre des deux pleintes), qui inquiètent à juste titre Assange relativement au genre de procès auquel il pourrait avoir affaire, l’utilisation du mandat d’arrêt européen est totalement disproportionnée. Utilise-t-on une bombe atomique pour pourchasser une mouche? La règle de proportionnalité des actions entreprises par rapport aux objectifs à atteindre est ce qui dresse une ligne claire qui sépare les actions légitimes des procès inquisitionnistes. Surtout venant de l’Angleterre qui est réputée pour héberger des criminels de internationaux qu'elle a toujours refusé d'extrader, et qui, eux, ne sont non-seulement pas assignés à résidence, mais ont parfaitement le droit d’aller et venir à leur guise. Mais pour l’Europe, il s’agit bien d’une première dans le genre. En effet, cette utilisation détournée et abusive de cet instrument européen, encore une fois réservé à des cas extrêmes, est inacceptable, car elle suggère que des motivations d’ordre politique se trouvent derrière cet acharnement contre le leader d’une organisation luttant pour la transparence dans l’intérêt des peuples, cause pour laquelle l'Europe devrait se battre au lieu de la combattre. Que l’élite suédoise soit directement sous l’influence du gouvernement américain, ce n’est un secret pour personne. Mais l’Europe?!

Un député européen, Gerard Batten, a interpellé il y a quelques jours Viviane Reding à ce sujet. Sa non-réponse, que vous pourrez constater dans cette vidéo, est flagrante, et justifie à mon avis de lui demander sa démission immédiate, car elle relève d’une erreur de jugement et d’une hypocrisie aussi graves que celles dont a été responsable Michèle Alliot-Marie, qui était sur le point d’exporter le savoir-faire policier français à Ben Ali pour qu’il « mâte » son peuple qui ne demandait que la démocratie.

Chaque seconde qui passe où Assange est « enfermé » en Angleterre est un coup porté aux valeurs fondamentales de l’Europe.

Son procès en appel est prévu les 12 et 13 juillet 2011 ; d’ici-là agissons, diffusons l’information, et attirons l’attention sur ce détournement flagrant de NOTRE Europe. Vous pouvez aussi exprimer directement votre opinion auprès de Viviane Reding sur Twitter : @VivianeRedingEU

Les esprits malsains de MAM et Zineladibine sont toujours là

A propos de Michèle Alliot-Marie, de son amitié pour l’ancien dictateur, et de sa haine du peuple tunisien. Eh bien figurez-vous que même si Michèle a été poussée vers la porte du gouvernement (et aurait dû attérir sur un banc de la Justice, coté accusés bien sur), son esprit, lui, est toujours là. Il a habité Monsieur Guéant qui, lui, profite du fait que des centaines de tunisiens soient parvenus à Paris après avoir fui leur pays en chaos, pour les persécuter ici, directement sur le sol français. Ainsi, il vous allège les dépenses de l'Etat d'un aller-retour Paris-Carthage qu’auraient nécessité les experts en savoir policier français destiné à l’export. C’est toujours ça de gagné. Et il parvient quand-même à les "policer", ces Tunisiens.

Monsieur Guéant poursuit les réfugiés tunisiens y compris dans les locaux de l’ambassade tunisienne, un summum pour quelqu’un de sa trempe. Il a déjà dû l’ajouter à son CV (même s'il n'a pas encore été viré lui aussi). C’est fort ça. Les locaux en question se trouvent au 36 de la rue Botzaris (hashtag #Botzaris36 sur Twitter). Ils appartenaient au parti politique de l’ami de Michèle, mais depuis sa chute ils sont devenus orphelins avant que l’ambassade tunisienne ne se les annexe récemment. Mais où est donc le gouvernement provisoire tunisien ? Que fait-il pour demander des explications et protéger ses citoyens de cette persécution que Daniel Cohn-Bendit a justement comparé à la persécution haineuse des juifs pendant la seconde guerre mondiale?

Provisoire ne veut pas dire irresponsable

Ceci sachant que les réfugiés tunisiens ne sont pas des sans-papiers, ayant un permis de séjour européen (et donc valable en France) délivré par les autorités italiennes. Schengen, c’est toujours d’actualité, non ? L’Europe aussi, ou va-t-on tout mettre par-terre juste pour le plaisir de poursuivre ses malheureux qui demandent juste un toit et un travail, voire, vu l'accueil qui leur été réservé par le gouvernement, un billet de retour en Tunisie? Hein, Monsieur Sarkozy? Ton papa n’avait-il pas lui aussi fui son pays en guerre pour trouver refuge en France?
Cerise sur le gateau, il parait que les premiers réfugiés à être entrés au 36 de la rue de Botzaris ont trouvé des documents intéressants de l'ancien parti de l'ami de Michèle. La rumeur dit même que des informations intéressantes relatives à des politiques français s’y trouveraient.

Les présidentielles sont à moins d’un an. Il est grand temps de secouer le cocotier français.

Il est grand temps pour un Botzarisgate.

Update: Botzarisgate a peut-être déjà commencé.

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