Conférence de presse d'Eva Joly sur Assange, 27 Mars 2014, Suède

Initialement publiée en version originale par @SwedenVsAssange sur http://www.twitlonger.com/show/n_1s164cu

Traduction en français par Liberté-info.
Note : Cette version est un document de travaille qui doit subir quelques améliorations.

Conférence de presse sur l'affaire Julian Assange par Eva Joly (abrégé EJ dans le texte), députée européenne, ancienne candidate à l'élection présidentielle, ancienne juge d'instruction et procureure, présidente de la commission parlementaire de l'UE sur le développement. Joly a trente ans d'expérience en tant que magistrate et participe actuellement à l'élaboration de la politique de coopération internationale pour la nomination d'un procureur européen.

Autres personnes présentes : Jon Thorisson  (JT en abrégé), de l'Institut Joly Eva en Islande

---- DEBUT ----

EJ : Je vous remercie d'être venus. Je pense que je dois commencer par vous dire d'où je parle. Pourquoi je m'intéresse à cette affaire. Je pense que la première raison est que j'ai été un juge et que j'ai enquêté moi-même pendant plus de 25 ans. J'ai d'abord été un procureure puis juge d'instruction. Et j'ai mené, probablement avec succès, l'une des enquêtes financières les plus importantes jamais réalisées en Europe. Ce fut l’affaire ELF qui a commencé en 1994 jusqu'à ce que j’y mette fin en 2002, et les gens ont été condamnés en 2003. Donc, cela signifie que je suis une personne de terrain, je sais comment fonctionne la coopération internationale et comment elle fonctionne de l'intérieur. J'y ai travaillé pendant des années et je me bats pour elle. Et j'ai décidé en 2002 d'essayer de changer le monde depuis la Norvège. J’ai travaillé en Norvège pendant huit ans sur les questions de développement et sur les questions de lutte contre la corruption et à améliorer la coopération internationale.

Et puis je suis devenue membre du Parlement européen en 2009, et j'ai continué à me battre, j’ai continué à lutter contre la corruption, le blanchiment d'argent, et pour l'amélioration de la coopération juridique. Et je dirige au sein du Parlement européen la commission sur le développement et l'aide humanitaire. Je dirige le comité de soutien à la démocratie. Et je suis impliquée dans la réflexion sur la création d'un procureur spécial en Europe. Ce qui signifie que je suis engagée dans ces questions depuis plus de trente ans. Donc, c'est mon domaine.

Et donc, pourquoi Julian Assange ? Une des raisons est que j'ai été impressionnée par le travail de WikiLeaks depuis 2006, par ce qu'ils ont publié, ce que nous avons appris sur le monde dans lequel nous vivons, et aussi en raison des coïncidences de la vie : quand je menais l'enquête sur la crise financière en Islande en 2009-2011, j'ai rencontré Julian Assange qui était en Islande en 2010. Je pense que c'était le printemps 2010. Et à ce moment-là, il y avait une atmosphère particulière en Islande en raison de la crise que les islandais avaient vécue, à cause de leur réveil démocratique. Comment se fait-il que les banquiers auraient pu causer la banqueroute du pays et que personne n'ait rien vu ? Et vous vous souvenez, il y avait de nouvelles élections et la volonté de changer beaucoup de choses. Et Julian Assange est venu avec l'idée que nous pourrions faire de l'Islande un refuge sûr pour la dissémination de l’information. Parce que, en tant que journalistes, vous savez que vous ne pouvez pas tout publier, que vous êtes exposés à la diffamation, et que si vous êtes un journaliste britannique, vous êtes également exposé à des injonctions et à des injonctions secrètes pour ne pas parler de certains autres sujets. Et cette idée a eu un énorme écho en Islande. Elle a été appelée la Modern Media Initiative. Pour faire de l'Islande un endroit qui est le contraire d'un paradis fiscal - un paradis pour l’information. Et ce projet est toujours en cours, et Jon [Thorisson] qui est avec moi est au comité de ce projet.

Voilà donc comment j'ai rencontré Assange la première fois. Et puis en 2010 - c'était la même année - quand j'ai lu l'histoire suédoise, j'ai été choquée et - comment dire – j’avais confiance que le système juridique suédois, qui est très solide et qui a une longue tradition démocratique - trouverait la voie à suivre, et qu'il serait en mesure de boucler cette affaire dans un délai raisonnable. Et je suis allée voir Julian Assange à l'ambassade équatorienne il y a un an. Juste pour avoir de ses nouvelles. Et j'ai vu comment il vivait - enfermé dans une ambassade - un petit espace à vivre, et j'étais alors inquiète pour sa situation. Et j'ai commencé à approfondire l’affaire. Et je pensais que quelque chose devait se passer cette année là [i.e. 2013], et rien ne s'est passé. Et je suis retournée le voir il y a un mois, et j'ai trouvé alors que son apparence et son état de santé se sont dégradés par rapport à l'année précédente. Et puis j'ai décidé que quelque chose devait être fait. Nous ne pouvons pas continuer avec cette situation qui est dans une impasse. Le mandat d'arrêt [européen, NdT], émis par les autorités de poursuite pénale suédoises date de trois ans et demi. Donc ce qui est important aujourd'hui, c'est d'avoir un nouveau regard sur l’affaire.

Nous avons une situation où nous avons des intérêts légitimes des deux côtés. Nous avons la situation des victimes [présumées], qui doit être prise en considération. Je n'ai pas d'avis sur les responsabilités ou la culpabilité - qui est coupable et qui n'est pas coupable. Ce n'est pas mon but. Ce que je veux, c'est que nous devions trouver une solution et je pense la connaitre. Le mandat d'arrêt est vieux de trois ans et demi. Et tout se passe comme si le parquet suédois ne prenait pas au sérieux le fait que l'Equateur a accordé l'asile [à Assange, NdT]. Et ce que signifie cet asile, c'est que le danger d'une menace d'extradition vers les Etats-Unis que Julian Assange allègue est réel - voilà ce que cela signifie. Et si vous lisez les journaux et recuillez les informations qu'ils contiennent - il y a des tonnes d'informations sur une enquête en cours aux Etats-Unis sur WikiLeaks et sur Julian Assange lui-même et qu'ils tentent de le capturer pour le juger pour complicité de terrorisme et d'espionnage - plutôt que comme éditeur d'une plateforme à laquelle des gens envoies des informations. Et c'est une menace pour tous les journalistes dans le monde - si vous êtes en possession de documents fournis par une source et qu’ils sont dans l'intérêt du public, vous pourriez d'être qualifié de complice de terrorisme. Je pense que ce n'est pas le monde que nous voulons vivre.

Cette situation a été jugée par l’Equateur comme suffisamment grave pour lui accorder l'asile. Donc je ne vois pas pourquoi Assange devrait renoncer à ses droits humains pour demander l'asile dans le but de répondre aux questions des procureurs suédois ici en Suède. Et nous ne savons pas ce que les procureurs feront de l'affaire, et nous ignorons le risque d'avoir un ordre d'extradition venant alors en Suède [des Etats-Unis, NdT]. Et quand je vois que la procureure [Marianne Ny, NdT] dit " nous savons qu'il ne peut pas être extradé " - je pense qu'elle parle de ce qu'elle ne savait pas. Ce n'est pas de son ressort. La procureure n'a pas son mot à dire sur l'extradition. C'est au gouvernement de décider et ensuite aux tribunaux, mais pas à la procureure à ce stade. Et donc je pense que là, il y a des malentendus, que nous n’avons pas pris en compte comme le fait qu’Assange a le droit de demander l'asile et que c’est une décision grave que l'accusation suédoise ne peut pas simplement dire simplement "eh bien cela ne me concerne pas, il doit venir ici [en Suède, NdT]", et nous devons respecter les droits des victimes [présumées], de leurs droits de l'homme d’avoir leur cause entendue. Parce qu'elles ont aussi besoin de vivre leurs vies. Elles attendent depuis quatre ans.

Et alors, dans notre boite à outils en Europe nous avons des moyens qui permettent une coopération internationale. Ce n'est pas une grosse affaire. Dans l'affaire Elf, je suis allée interroger à l'étranger un suspect qui avait fui la France, qui ne voulait pas revenir et j'ai réussi à l'intérroger en Israel par exemple, nous n'avions aucune convention mais nous avons passé un accord ad hoc avec les autorités et cela a pu se faire. Nous avions la Convention de coopération européenne de 1959 et maintenant nous disposons d'une bien meilleure convention depuis 2000, qui est entré en vigeur en 2005, et qui a modernisé et rendu la coopération internationale bien plus efficace. Et je peux affirmer que le Royaume-Uni était connu pour ne pas coopérer facilement, mais ceci a aussi changé. Aujourd'hui, cette coopération est beaucoup plus facile. Et je peux le dire, parce que je n'ai pas arrêté de faire de mener des enquêtes même après 2002, et j’ai mis en place et j'ai aidé l'enquête islandaise contre leurs banksters. Et vous savez qu’aujourd’hui c'est le seul pays au monde qui juge ses banquiers au tribunal et obtient des condamnations.

Et nous avons utilisé cette nouvelle Convention européenne et nous avons obtenu la coopération du Luxembourg qui avait de très mauvais antécédents en matière de coopération juridique internationale et le plus important [inaudible – perquisition ?] qui était fait au Luxembourg a été fait depuis l’Islande. Ces nouveaux outils fonctionnent. Alors, pourquoi la procureure suédoise n’utilise pas les outils qui sont dans la boîte ? Ce n'est pas un traitement spécial pour Julian Assange. Cela concerne n'importe-qui à l'étranger qui refuse de revenir si vous n'utilisez pas un mandat d'arrêt. Le mandat d'arrêt - c'est le bazooka. Vous utilisez les outils de coopération  pour obtenir ces informations [avant d’utiliser la bazooka]. Et ensuite si on fait cela, alors peut-être plus tard, il sera utile de faire des confrontations avec les victimes [présumées] et d’autres témoins, et je dirais que cela pourrait être fait par vidéoconférence même si ce n’est pas prévu dans les textes de loi. Cela se fait à la Cour internationale de justice lorsque les témoins sont en danger, cela se fait sur une base quotidienne dans tous les tribunaux d'Europe et je l'ai fait pour mes affaires importantes dans les années 1990. Il n'était pas prévu dans les textes de loi, mais je l'ai fait d'une manière créative, en veillant à vérifier l’identité du témoin, la date, et la Cour Suprême a accepté. Aujourd'hui, c’est dans les textes de loi.

Les choses ne sont pas aujourd'hui comme elles l’étaient hier, et on ne peut pas vivre en disant "je ne peux pas faire quelque chose que je n'ai pas fait hier". On se doit de vivre avec les outils modernes à notre disposition, et si la loi suédoise ne les prévoit pas quelque-chose alors la loi devrait être modifiée. Peut-être que cela pourrait être modifié de façon urgente, ou les juges peuvent faire et voir ce qui se passe. Je veux dire la Cour suprême pourrait autoriser cela.Et alors quand l’enquête préliminaire sera finie –les interrogatoires, les confrontations, alors la décision peut-être prise : soit il y a une affaire, soit il n’y a pas d’affaire.

Prenons le scénario où il y a une affaire : alors le parquet suédois peut l’envoyer devant les tribunaux, et la loi suédoise ne prévoit pas de jugements in abstentia par contumace. Mais cela, nous ne l'avons pas en France non-plus pour des crimes graves, mais quand nous avons jugé notre ancien président, Jacques Chirac, il a déclaré: « Je suis trop fatigué pour venir, mais je veux que le procès avance et j'accepte d'être jugé d'une manière contradictoire avec mes avocats étant présents, et je vous ai dit tout ce que je sais ". Et cela donc cela s'est fait en dépit du fait que, dans les textes de loi, il est dit qu'il devrait être présent. Et alors vous devez vous rappeler - pourquoi cette règle existe? Elle existe en raison de la protection du suspect, pour assurer le processus contradictoire, et je soutiens que si les avocats d'Assange sont présents dans le processus et Julian Assange lui-même participe par vidéo par Skype ou vidéo conférence, cela pourrait être un bon processus qui prend en compte l'intérêt de toutes les parties concernées : en ne sacrifiant pas le droit de Julian Assange d'obtenir l’asile ou le droit des victimes [présumées] d'avoir leur cause entendue.

Et si cette solution n'est pas acceptable pour les procureurs suédois ils pourraient utiliser un autre outil que nous avons créé, parce qu'il est utile et que je l'ai utilisé moi-même - c'est une délégation de l'action publique. Ils pourraient envoyer leurs dossiers à l'Equateur et demander à la justice équatorienne de prendre l’affaire. Je vous remercie donc maintenant - c'est une solution [pour résoudre l’affaire]...

Q : Juste pour précision, vous dites que l'affaire pourrait être jugée devant les tribunaux équatoriens ?

EJ : C'est possible. Et puis un élément de plus, puis je vais arrêter de parler et je vais vous laisser la parole. Nous avons aussi des accords pour l’exécution de la peine. S'il est jugé en Suède, et il est condamné à l'emprisonnement, il peut purger sa peine ailleurs. Tout cela est possible. J'ai observé qu’en Suède que la plupart des gens ne connaissent pas la réalité du danger auquel Assange est exposé. Je pense qu'il est primordial aujourd'hui qu'il y ait un débat dans la société suédoise, parce que le monde a vraiment changé avec les révélations de Snowden. Snowden nous a révélé la surveillance générale de tous, et aussi plus spécifiquement d’Assange. Et je suis sûr que vous savez vu cette interview télévisée dans laquelle il a déclaré à la télévision allemande - il a dit que Assange fait l’objet d’une chasse à l’homme.

Et vous vous souvenez peut-être que des membres éminents du Sénat [américain] ont demandé qu’Assange soit jugé pour espionnage et terrorisme, je pense à Dianne Feinstein, qui a dit cela. Et ce elle n'est pas n’importe-qui. Elle est un membre très important du sénat américain et je vous recommande de lire son discours prononcé au Sénat il y a deux semaines, où elle dit au monde et aussi aux journalistes suédois que la CIA et également les organismes américains ne suivent pas les règles. Et qu'ils sont allés dans les ordinateurs du Sénat et qu'ils ont supprimé des photos et des pages sur la CIA en violant les règles. Et je pense que nous avons des difficultés à comprendre combien le monde a changé avec toutes les informations que nous avons reçues d’Assange et de Snowden. Et je pense qu'il est urgent que cette situation qui est une plaie qui saigne bonne pour personne, et il existe des moyens de la résoudre en tenant compte des intérêts de toutes les parties. Merci.

Q : Pouvez-vous nous parler de vos tentatives d'en discuter avec les responsables suédois pertinents, en particulier le procureur en charge et le procureur en chef ?

EJ : C’est très facile à dire : j'ai demandé à rencontrer le ministre de la Justice, le Procureur général et avec Marianne Ny et personne ne veut me rencontrer. Et je me demande pourquoi. Pourtant je suis une personne honorable.

Q : Avez-vous rencontré ce genre de réaction ailleurs ? Est-ce habituel?

EJ : Normalement, quand je en tant que membre du Parlement européen, une tête d'un comité en charge 59 milliards euros / an pour demander un rendez-vous, je l'obtiens.

Q : Avez-vous tiré des conclusions de cette réaction?

EJ : C’est une question très difficile, et d'une certaine manière je suis ici dans ma propre qualité. Personne ne me paie. J'utilise mon propre temps. Et je l'espère, l'argent européen [sic]. Il s'agit d'une question européenne. Il s'agit d'une question européenne. Il montre que nous devons améliorer la coopération. Si nous ne pouvons pas résoudre ce problème entre l'Angleterre et la Suède - comment pouvons-nous penser que nous pouvons résoudre les problèmes avec l'Afghanistan, ou en Turquie, ou beaucoup d’autres pays? J'ai aussi oublié de vous dire que je travaille en Afghanistan et que je ne suis pas du tout une personne anti-militariste. Je suis allée à une école militaire. J'ai fait l'Institut d'études militaires supérieures en France. Et je travaille en Afghanistan contre la corruption. J'ai été nommée par l'ONU et je travaille très étroitement avec les Américains qui risquent leur vie et je suis sensible à toutes ces questions.

Q : Comment décririez-vous votre relation personnelle avec M. Assange ?

EJ : Elle était inexistante jusqu'à ce que - ce qui est totalement transparent, je veux être totalement transparente - je l'ai rencontré la première fois en Islande. Et j'ai senti que nous avions des vues communes sur la façon dont le secret est préjudiciable au monde. J'ai passé ma vie à lutter contre les paradis fiscaux. Voyant le nombre de banques criminelles - comment elles volent, comment elles se permettent de prendre un énorme pourcentage de la valeur produite chaque année - ce fut mon combat. Et j'ai aussi rencontré... parce que j'ai rencontré un journaliste, parce que je suis une affaire en Afrique - par exemple le cas avec le Trafigura - quel était le nom du bateau - Probokwala [EJ veut dire le Probo Koala] je pense – qui était allé en Côte d'Ivoire pour déverser des déchets toxiques, je l'ai suivie parce que j'étais intéressée. Et tout d'un coup le Guardian [un journal britannique, NdT] a cessé d'en parler. Et puis ils sont allés au Parlement britannique pour poser une question parce que vous avez l'immunité dans la Chambre des communes. Et ils avaient une question qu’ils ont demandée au Parlement sur Trafigura. Et puis nous avons appris qu'il y avait une injonction secrète pour toute la presse de ne pas parler de cette affaire. J'ai donc été très sensible à l'idée de faire de l'Islande un refuge sûr pour la liberté de l’information. Donc, ce fut - il était sympathique à moi. Et puis, quand j'ai appris cette histoire ici en Suède, j'étais - comme tout le monde - choquée. Et je voulais que cela soit étudié et j'espérais au fond de mon cœur qu'il serait effacé. Mais je n'étais pas sûr - vous ne pouvez pas être sûr - donc ce que je dis, c'est que le dossier doit prendre fin.

Q : Mais décririez-vous Assange comme un ami, un ami personnel?

EJ : Non, il ne l’est pas. Il ne l’est pas. Je veux dire - il y a un problème de génération. Je sais que je suis très jeune et belle mais j’ai soixante-dix ans et il en a quarante je pense.

Q : Êtes-vous d’une certaine façon optimiste que les enquêteurs suédois pourraient changer d'avis ?

EJ : Ce pour quoi je suis optimiste c'est vous. Je pense que vous comprendrez [l’importance de cette affaire]. Et que vous allez écrire des articles qui aideront l'opinion publique à comprendre que ce n'est pas une question suédoise. Qu'il s'agit d'un problème international.

Q : Mais vous savez que les procureurs ont déjà ignoré l'idée d'un vidéo-conférence ? La question a été soulevée avant.

EJ : Oui, mais je n'aime pas les situations où la volonté d'une personne peut arrêter tout un processus. J'aime quand il y a des appels. Et je pense qu'il n'est pas une telle chose comme « C'est ce que je veux faire et c'est la façon dont ça doit se passer ". Ce n'est pas démocratique.

Q : Vous parlez de Marianne Ny ?

EJ : Oui, eh bien - elle avait le droit de mener l'affaire comme elle le voulait pendant quatre ans, mais ça n’a mené nulle part.

JT : Elle a aussi la responsabilité de contribuer à une solution. Si sa politique actuelle ne fonctionne pas et l'affaire n'avance pas, elle en a l'obligation. Parce qu’en fin de compte, il s’agit d’une question de droits humains que toutes les personnes impliquées dans l’affaire ont le droit à une conclusion satisfaisante. Et ce n’est pas juste Assange mais aussi les deux filles. (sic – NdT)

EJ : C'est l'article 9 de la Convention européenne des droits de l'homme.

JT : Et de répéter la même solution et espérer des résultats différents ne marche pas.

EJ : Ce que je propose, c'est que le procureur en chef suédois devrait prerendre l’affaire lui-même.

Q : Avez-vous discuté avec des avocats suédois d'Assange ?

EJ : Non, je n'ai pas rencontré les avocats suédois. Je ne suis pas l'avocat d'Assange. Je parle de ma propre plate-forme, avec mes trente ans d'expérience dans ce domaine, et le voir sous différents angles. J'aurais pu rencontrer ses avocats. Ils vous donneront leur version [si vous les rencontrer]. Je vous donne une version d'un membre du Parlement européen qui est sensible aux droits de l'homme. Si vous suivez mon travail, vous saurez aussi que je défends Basmah Belaid - la veuve de M. Belaid qui a été tué en Tunisie. De la même manière, je parle de l'importance de prendre l’affaire devant les tribunaux.Peut-être qu'un jour je deviendrai avocate, mais je suis encore  parlementaire. Je me présente pour un  deuxième mandat parce que je veux faire avancer la question du procureur européen.

Q : Comment ce nouveau procureur [européen, NdT] pourra aborder cette affaire?

EJ : Que ferait un procureur européen faire avec cela? La première étape –et nous prendrons cinq ans pour y parvenir, le procureur européen aurait seulement le pouvoir de prendre en compte les intérêts économiques de l’Union européenne, donc ce ne serait pas de son ressort. Mais je pense que dans un seconde temps nous devrions avoir un procureur qui pourra s’occuper de la criminalité transnationale et des poursuites. Mais je pense que nous sommes très loin d’avoir un procureur unique.

Q : Il n'est pas encore établi que les deux femmes sont des «victimes», il n'est probablement pas juste de les appeler des « victimes», mais des « victimes présumées »

EJ : Des victimes présumées, vous avez raison. Parce que nous avons la présomption d'innocence, ce qui signifie que Julian Assange est innocent jusqu'à ce qu'il soit déclaré coupable, si et quand.

Q : L'autre chose est que le juge de la Cour suprême en Suède a lui-même déclaré qu'il n'y a aucun obstacle pour la procureure de se rendre au  Royaume-Uni, il n'y a donc pas d'obstacle juridique, même en vertu du droit suédois.

EJ : Je le sais et c'est ce que je voulais venir dire avec force, d'un point de vue pratique, et je pense que ce n'est pas acceptable pour les intérêts ici, et aussi pour la réputation de la Suède, que l'affaire soit bloquée pour des raisons de prestige - il devrait y avoir des moyens d’avancer. Et s’ils n'existent pas, la loi devrait être modifiée.

Q : Pour autant que je sache ce n'est pas clair ce que l'opinion publique pense à ce sujet. Je ne connais pas du tout de sondage d'opinion [à ce sujet - NdT]. Est-ce que quelqu'un ici en connait un? Parce que la presse ici a été très biaisée.

EJ : Je pense qu'il est très important de mettre les faits sur la table. Parce que la discussion, si les gens sont au courant de ce qui s'est passé, que le correspondant du Times [Michael Grunwald] a dit à l'automne 2013 " Je suis impatient d'avoir à écrire un article pour justifier l'attaque de drone qui va éliminer Julian Assange" [Citation correcte: "Je suis impatient d'écrire sur la défense d'une attaque de drone qui élimine Julian Assange" - "I can't wait to write a defense of the drone strike that takes out Julian Assange" https://twitter.com/AbbyMartin/status/369232379350499329]. C'est très violent.

Jon Thorisson : Et une autre chose que nous avons essayé de souligner, c'est que Julian Assange et WikiLeaks sont une organisation de publication. Ils n'ont rien fuité. Ils ont pris des informations fuitées provenant de sources et les ont publiées.Donc pour vous les gars en tant que journalistes, c'est une question très importante parce que c'est la criminalisation du journalisme. La façon dont il a été traité et lui et l'organisation WikiLeaks et maintenant les personnes associées à Snowden et je veux dire - Miranda, partenaire de Glenn Greenwald, qui a été arrêté à l'aéroport de Londres et ses ordinateurs saisis et c'est fait en vertu de la législation britannique anti-terrorisme. Donc, c'est une distinction très importante. C'est ce que les Américains essaient de faire et l’avocat américain de Chelsea Manning a dit qu'il avait le sentiment qu'il avait deux accusés - un était Manning et l'autre était Julian Assange. Parce qu'ils ont essayé de jeter tout ce qu'ils pouvaient sur lui [Assange] dans l’affaire [du jugement] de Manning et dans les déclarations de clôture de l'affaire Manning aux États-Unis ils ont mentionné le nom d'Assange vingt-six fois, seulement dans les déclarations de clôture. Donc, ce qu'ils essaient de faire est d'établir une conspiration entre WikiLeaks et...

[Discussion non structurées]

Personne A: C'est une distinction que l'on cherche à faire que WikiLeaks n'est pas un récepteur passif de fuites, mais les a incitées...

EJ : C'est ce qu'ils veulent montrer...

Personne B: Vraiment, c'est prouvé?

Personne A: Non, c'est ce qu'ils essaient de dire.

Q : A propos de votre suggestion, avez-vous discuté avec les autorités Equatoriennes ?

EJ : Je pense que c'est prématuré. Nous avons d’abord besoin d’obtenir des autorités suédoises qu’elles sont prêtes à s’y rendre, et parce que l’Equateur a accordé l'asile à Julian Assange, je pense que nous pouvons anticiper qu'ils ne s'opposeront pas. Mais nous sommes en territoire britannique, nous avons besoin de leur coopération, et nous en avons besoin en premier. Et ensuite nous avons besoin de la coopération des autorités équatoriennes.

Q : Que faire s’ils disent non ?

EJ : Le Royaume-Uni a le devoir de coopérer, si on leur demande, conformément à la convention à laquelle j'ai fait référence.

EJ : Ils dépensent quatre millions de dollars - ou de livres - pour protéger l'ambassade. C'est aussi absurde, n'est-ce pas ? Un gaspillage absurde d'argent, et de temps. Très bien. Donc maintenant, je pense qu'il est important que le débat ait lieu.

----- FIN -----

Voir aussi :
- Affidavit d'Assange (3 Septembre 2013) : tinyurl.com/AssangeAffidavit
- Exposé conjoint des faits, convenu entre les parties et soumis à la Cour suprême du Royaume-Uni (1 Février 2012) : https://tinyurl.com/AgreedFacts